Suite du précédent billet:
  • proposition 11: Améliorer le contrôle des risques

    Je n'ai rien contre favoriser les allers - retours entre front-office et contrôles. Cela n'est malheureusement pas toujours réaliste. Il est difficile de prévoir sous quelle pression un trader peut travailler. Certains chercheurs ou contrôleurs qui ont eu la possibilité de passer au Trading ont dû en être sortis rapidement parce qu'ils ne supportaient pas les pertes. Il est impossible de gagner tout le temps. Ceux qui paniquent quand le compteur devient rouge ne peuvent être traders. Peuvent-ils être malgré tout de bons contrôleurs ? Oui. Leurs capacités d'analyse peuvent être optimales sans que leurs capacités à gérer les émotions le soient.
    Je ne vois aucun lien logique entre encourager les banques qui développent des modèles innovants et augmenter le coefficient de sécurité entre value at risk et capital requis. L'augmentation du coefficient ne pousse qu'à sous-estimer les risques, pas à les calculer au mieux.
    Promouvoir l'usage de modèles calibrés sur l'histoire récente est l'erreur fondamental de Basle II. Même les autorités ont reconnu le caractère pro-cyclique d'une telle méthode: quand il y a des difficultés de capital, on les augmente, et quand tout va bien, on libère encore plus de capital. Si l'on cherchait une formule pour créer des oscillations majeures dans le marché (en lieu et place de la stabilité), on pourrait difficilement faire mieux.
    L'expected shortfall proposé est déjà employé par les acteurs "systémiques." Il est reconnu depuis longtemps que la value at risk n'est pas un bon indicateur de risque pour les produits non triviaux. Pour autant croire que cette "proposition" va contribuer significativement à une solution est un leurre: déjà en place chez les acteurs majeurs, la crise a montré par l'absurde que cette proposition est inefficace. Par ailleurs, le problème majeur est que nous ne connaissons pas les lois statistiques pour modéliser les catastrophes de marché, ni par actif, ni entre actifs. Calculer une valeur probable de perte (en cas de perte) quand on ne connaît pas la loi de probabilité est un leurre: on se rassure avec un modèle intelligent (mais faux). Une des leçons de la crise est justement que les banques avaient fait cette erreur de se rassurer à faible coût. Proposer de continuer dans l'erreur n'est pas digne d'un livre. Enfin, la direction d'une banque alloue d'ores et déjà types et limites de risques aux différentes activités. Le problème, c'est que si le risque est mal mesuré (sous-estimé par un modèle par ailleurs très élégant), cette limite est un leurre.
    Bref, tout le monde trouverait bien d'améliorer le contrôle des risques... la question, c'est comment ? La réponse nécessite de connaître les réalités du milieu bancaire. Proposer ce qui existe déjà et a prouvé ses limites ne donne guère de crédibilité à cette proposition;

  • proposition 12: Réguler les fonds de pension pour sauver les retraités européens

    Pourquoi pas ? Mais démagogique. Tout lecteur inquiet de sa retraite sera d'accord... Mais au fait, ça apporte quoi, une version adaptée (on ne sait comment) de "Solvency II" ?

  • proposition 13: Réglementer (tous) les marchés de gré-à-gré

    Le "tous" qui tue l'innovation. Soit l'auteur croît que sans innovation donc sans flexibilité, le système sera stable... le roseau, le chêne... Soit l'auteur n'a pas d'idée de la diversité contractuelle. Le propre d'une compagnie de service comme une banque est d'adapter le produit à son client: si le client veut acheter des actions, à prix fixé à l'avance, a une certaine date donnée, l'auteur pense que fournir une autre date (standardisée) va stabiliser le marché ? Le client a un objectif de cours précis en lien avec une stratégie de placement, l'auteur pense que de ne proposer que d'autres cours (standardisés) va stabiliser le marché ? Cela va certes faciliter le transfert de risque entre opérateurs, ce qui peut renforcer le système. Mais cela va aussi concentrer les risques, et augmenter les risques des clients finaux (ayant leurs besoins précis imparfaitement couverts). Une vraie fausse idée ? On transfert le risque d'un acteur (dont sa gestion est le métier) à un autre ? On renforce les barrières d'entrée, en imposant un accès au marché à tout client ayant un besoin de placement ?

  • proposition 14: Marier Bâle II avec les objectifs de la politique économique

    Si je ne me trompe, cette proposition a toute les chances de pousser les États à une compétition réglementaire... Venez chez nous (emplois, impôts) et on ne vous imposera pas de capital élevé. Ça marche pour le taux d'imposition, qui croira que ça ne marchera pas pour les fonds propres à maintenir ? Tout le monde sera heureux de recevoir sur son territoire des emplois, des banquiers bien payés consommant un maximum, tout le monde... jusqu'à la prochaine crise où il faudra à nouveau brûler des banquiers. Cette proposition s'appuie sur les précédentes (7, 8, 13) déjà couvertes plus haut, dommage.

  • proposition 15: Rétablir la vérité comptable des dérivés exotiques

    Pour finir en beauté: ne pas reconnaitre les profits (je veux à 11, je rachète à 10, je n'ai pas gagné 1 ??) paraît difficile. Le mark to market ne permet pas de marquer une différence telle que dénoncée par les auteurs. Effet pervers: le mark to market permet à une entreprise de constater un profit quand sa dette perd en valeur sur les marchés (parce que la société est en difficulté et devient susceptible de ne pas rembourser sa dette). Les autorités de tutelle ont dû s'opposer à de tels procédés comptables concernant les minimums requis de fonds propres... Rétablir la vérité comptable est un titre démagogique, irréaliste (personne ne connaît la valeur de certains actifs, quand personne ne tombe d'accord sur un prix), et allant à l'encontre des leçons de la crise retenues par les autorités.
EU09: te donthetsz