Blague du jour (de presque tous les jours, à vrai dire): paraît-il, d'après nos chers traders et économistes qui n'ont rien vu venir de la crise, que "ça paraît normal qu'un pays ne dépense pas plus que ce qu'il a." À force de l'entendre celle-là, il va bien falloir y répondre...

Préliminaire:

  • L'émission d'actions sur les marchés financiers est une levée de capital basée sur des droits à une fraction d'éventuels profits futurs (sans la moindre garantie qu'il y aura profit!). Bien que cela consiste à investir de l'argent que l'émetteur n'a pas - d'où le besoin en premier lieu de lever des fonds! - c'est une activité bien vue par les marchés et soutenue par les théories financières. Donc il faut croire que dépenser à fonds perdus stupidement ou dépenser en investissant à bon escient soit la question, et non pas "est-ce que c'est au delà de ce que vous gagnez maintenant?"
  • L'émission de dette - sous forme de bons - sur les marchés financiers est une levée de capital basée sur un échéancier de remboursement (sans garantie que l'échéancier soit respecté, en cas de difficulté (même si des conditions de séniorité permettent parfois de se refaire en partie "sur la bête")). Bien que cela consiste à investir de l'argent que l'émetteur n'a pas - d'où le besoin en premier lieu de lever des fonds! - c'est une activité bien vue par les marchés et soutenue par les théories financières. Donc il faut croire que dépenser à fonds perdus stupidement ou dépenser en investissant intelligemment soit la question, et non pas "est-ce que c'est au delà de ce que vous gagnez maintenant?"
Il serait donc temps de réaliser que les pays lèvent des fonds sur les marchés financiers en émettant des bons du Trésor et qu'en soi, ce n'est pas un problème même si cela consiste à dépenser de l'argent qu'on n'a pas. Il semble que beaucoup de donneurs de leçon devraient ouvrir un manuel d'économie avant de critiquer les stratégies de relance (et ce d'autant plus s'ils n'avaient rien trouvé à dire contre le dernier "grand emprunt" de la France en 2010). La vraie question, c'est: est-ce que la dépense est un investissement qui créera plus de richesse que la dette encourue ?

La plupart des critiques vont immédiatement me répondre qu'ils ne font pas confiance à l'État pour dépenser mieux qu'eux, mais j'ai comme un doute qu'eux financeraient les écoles, les hôpitaux, les infrastructures, etc., dans les zones qui ne sont pas les plus porteuses. La privatisation tend invariablement à la désertification rurale... Or une énorme part de l'emploi privé est dans les PME, pas dans les quelques grands groupes les plus visibles ou à la mode. Pour autant, les banques - grandes donneuses de leçons - sont les premières à asphyxier les PME en exigeant des conditions qu'elles-mêmes seraient bien en mal de supporter. Critiquer la gestion de l'État quant celle du privé est pitoyable paraît peu fondé. S'il est facile de citer des gaspillages de l'État, il l'est tout autant de citer ceux du privé. Enfin, en général, l'État investit en donnant des chantiers, des travaux, au privé !!! Critiquer la dette maintenant, sous prétexte finalement qu'elle serait de gauche (mais sans avoir rien trouvé à redire en 2010 quand la dette était de droite), est infondé.
La vigilance doit s'appliquer à la dépense, bien plus qu'à la dette elle-même; la principale question est "la dépense choisie est-elle génératrice de plus de valeur (bénéfices indirects compris) que la dette, ou pas ?"