Un commentaire à un billet de Georges Ugueux demande: “j’emprunte votre maison et je la shorte, votre maison perd 50% de sa valeur, vous dites quoi” ?

Je dis que je n’avais pas l’intention de vendre de toute façon (je reste dans les lieux, j’adore cette maison, mes enfants y grandissent…) mais que je veux bien toucher les intérêts que vous me versez pour emprunter mon titre de propriété. Je perds 50%, mais je les aurais perdu de toute façon; par contre, je touche des intérêts… Pour couronner le tout, si la valeur de la maison a monté, je gagne sur le principal et je touche aussi les intérêts; l’emprunteur a tout perdu. Un investissement peut avoir (a souvent) une valeur réelle d'usage.

L’avertissement classique associé aux conseils financiers est: Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Elles ne sont pas constantes dans le temps. Il ne fait alors aucun sens de vouloir limiter le jeu qu'à la hausse (sauf à essayer de créer une bulle ?). La polémique sur la vente à découvert est irraisonnée.

Ce qui compte, c’est la lutte contre ceux qui vendent sans avoir emprunté auparavant (naked short) parce qu'ils diluent la valeur de l'actif arbitrairement. Par exemple, la société est inchangée mais le nombre d'actions en circulation est doublé: la valeure objective d'une action (comme part dans la société) est divisée par deux. Il faut éviter la dilution arbitraire. Le nombre d'actions disponibles doit rester contrôlé par la société.

Par contre, la lutte "en général" contre la vente à découvert est vouée à créer plus de problèmes qu'à en résoudre:

  • Quand quelqu’un vend à découvert, il va devoir racheter (en haut à perte, ou en bas avec gain). Souhaitons à notre investisseur qui avait bien enticipé le marché de gagner de l’argent en récompense de son talent prévisionnel: supposons que la valeur baisse. Nous avons maintenant un investisseur tout content d’acheter en bas et donc de ralentir la baisse voire occasionner un début de remontée;
  • Imaginons un instant le marche sans vente à découvert: seuls les investisseurs “longs” possèdent le titre considéré mais personne ne veut acheter et le cours baisse (même scénario que précédemment, pour l’instant). Constatant ses pertes grandissantes, l’investisseur aux doigts brulés vend. Va-t-il racheter en bas ? Rien n’est moins sûr (énorme différence avec le scénario précédent). La catastrophe a des chances d’être bien pire sans les ventes à découvert. De plus, parce que le risque à la baisse est exacerbé, les nouveaux investisseurs prendront moins de risques que s’ils avaient confiance dans la liquidité du marché: ils attendrons donc une perte plus importante de valeur avant d’acheter. Double effet: les acheteurs sont moins nombreux et plus frileux.

Peut-on vraiment espérer un marché moins volatile à la baisse sans vente à découvert ?