LeMonde.fr s'abaisse au niveau des plus populistes papiers, qui confondent opinions et enquêtes, et publie sur son site Avez-vous eu des difficultés à obtenir un prêt immobilier ?  Sans surprise, s'y retrouve une "litanie" en rapport avec les difficultés et délais pour obtenir des prêts en cette période tendue.

Résumé rapide du financement immobilier dans les pays développés:

  • Pendant plusieurs années, les taux (américains notamment) sont relativement bas et le prix de la "pierre" ne cesse de grimper. Les propriétaires sont heureux mais les accédants à la propriété, eux, se plaignent des hausses: leurs économies ne gonflent pas aussi vite que la bulle immobilière et ils n'arrivent donc pas à constituer un apport initial conséquent malgré leurs efforts et l'amélioration de leur épargne. Flambée des prix et épargne faiblement rémunérée, le cocktail devient politiquement dangereux;
  • Les politiques, soutenus par les moins riches, parlent de faciliter l'accession à la propriété et critiquent les banques "qui ne prêtent qu'aux riches". Les banques sont investies de la mission de faciliter l'accès au crédit, crédit censé être un trait de société économique moderne (Regardez les américains, ils sont bien plus endettés que nous, on a de la marge !). Certains taux sont élevés mais il faut bien couvrir le risque; ce que les politiques, les constructeurs, l'immense majorité des propriétaires et les accédants veulent, c'est un soutien aux accédants, i.e. aux acheteurs. Le consensus politique veut la bulle;
  • La bulle hypothécaire éclate. Tous crient au scandale, le discours change. Soudain, il s'avère que les banques prêtaient à des taux élevés et s'enrichissaient sur le dos des pauvres citoyens, qu'ils auraient fallu protéger en leur refusant des prêts qui les endettaient au delà de leurs moyens. Les économistes qui chantaient les louanges d'Alan Greenspan "réalisent" qu'il serait à l'origine d'une bulle pour ne pas avoir remonté les taux suffisamment vite après l'éclatement de la bulle Internet. Même les petits épargnants, qui devraient se trouver confortés dans leurs plaintes de faible rémunération de leur épargne ces dernières années, changent de ton voire deviennent silencieux, contents qu'ils sont d'être les moins perdants du moment;
  • Les banques rencontrent des difficultés de fonds propres et ne veulent donc plus prêter tant qu'elles n'ont pas accès à de nouveaux capitaux. Les authorités réglementaires ou politiques ne risquent pas d'abaisser la garde (et les plafonds de capitaux requis), soucieuses de la stabilité précaire du système et accusées qu'elles sont d'avoir failli à leur mission de protection;
  • Les propriétaires se plaignent des prix qui s'écroulent faute d'acheteurs. Il faudrait soutenir le marché;
  • Les accédants se plaignent d'avoir un accès restreint au crédit. Il faudrait les comprendre (et surtout les aider): ils ont trouvé l'appartement de leurs rêves à prix cassé (Tant pis pour l'ancien propriétaire... Ah non ?!? Mais pourquoi ?) Il faudrait soutenir le marché.

De qui les gens se moquent-ils ? Cette société de "victimes" devient incroyable. Le diable est toujours l'autre, et toute frustration se transforme en pression politique. Je croyais que l'incapacité à gérer la frustration était un trait enfantin... et que grandir était apprendre à la dépasser.

On ne résoud pas l'éclatement d'une bulle en soutenant la création d'une autre (en facilitant l'accès au crédit). Alan a déjà essayé... Oh, et autre chose: on ne peut avoir le beurre, l'argent du beurre et le sourire de la crémière.